L’augmentation du taux d’escompte américain (le taux d’intérêt que le gouvernement charge aux banques) la semaine dernière confirme, selon plusieurs, que la Fed entame un long processus de normalisation de sa politique monétaire. Il est certain que la Fed sera très prudente dans ses démarches afin de ne pas perturber les marchés financiers jusqu’à ce que la reprise économique soit plus solide.
La Fed a précisé que la hausse du taux d’escompte représente un ajustement technique et ne signale aucun changement dans les conditions monétaires. Néanmoins, lorsqu’on lit entre les lignes, on peut présumer qu’elle a bon espoir qu’une reprise économique durable est en cours.
La situation économique actuelle cependant laisse toujours prétendre que la première hausse du taux du Fed fund (le taux d’intérêt dont les banques se chargent entre elles) soit peu probable avant la fin de l’année ou au début de 2011.
La Fed ne sera sûrement pas pressée à resserrer le marché du crédit avec le taux de chômage à ces niveaux, des anticipations inflationnistes stables et le crédit bancaire commercial qui ne s’améliore pas.
Lors de la dernière réunion de la Fed en janvier, il a été dit que l’incertitude entourant les perspectives économiques est anormalement élevée. La réticence des consommateurs à consommer et des entreprises à embaucher demeure importante.
Bref, en dépit de la hausse du taux d’escompte, la première hausse du taux du Fed fund ne devrait pas avoir lieu avant plusieurs mois ce qui devrait continuer à favoriser le marché des actions et autres actifs plus risqués.
(Source: BCA Research)
La Fed maintient le taux d’intérêt cible des fonds fédéraux dans une fourchette de 0,00 % à 0,25 %.
- L’économie a continué de prendre des forces, et la détérioration du marché du travail s’estompe. La consommation croît à un rythme modéré, mais elle demeure contenue par les pertes d’emplois, par la croissance molle des revenus, par la baisse de la valeur des maisons et par les difficultés d’obtention du crédit. Les investissements des entreprises en équipements et logiciels semblent remonter, mais leurs investissements immobiliers se contractent encore. Les entreprises ont ramené leurs stocks à un niveau plus approprié face aux ventes. Bien que le crédit se contracte, les conditions financières amènent un appui à la croissance économique.
- La sous-utilisation des capacités de production et la stabilité des anticipations inflationnistes font que l’inflation demeurera modérée.
- La Fed s’attend à ce que les conditions économiques prescrivent des taux directeurs exceptionnellement bas pour
une longue période. Le président de la Fed de Kansas City, Thomas Hoenig, s’est opposé à cette mention, signalant
qu’elle n’était plus nécessaire vu le changement des conditions économiques et financières.
- Dans le cadre de sa politique quantitative, la Fed poursuivra d’ici la fin du premier trimestre ses achats de titres
hypothécaires et d’obligations émises directement par les agences hypothécaires.
EXTRAIT DU COMMUNIQUÉ DE PRESSE DE LA RÉSERVE FÉDÉRALE
Information received since the Federal Open Market Committee met in December suggests that economic activity has continued to strengthen and that the deterioration in the labor market is abating. Household spending is expanding at a moderate rate but remains constrained by a weak labor market, modest income growth, lower housing wealth, and tight credit. Business spending on equipment and software appears to be picking up, but investment in structures is still contracting and employers remain reluctant to add to payrolls. Firms have
brought inventory stocks into better alignment with sales. While bank lending continues to contract, financial market conditions remain supportive of economic growth. Although the pace of economic recovery is likely to be moderate for a time, the Committee anticipates a gradual return to higher levels of resource utilization in a context of price stability.
With substantial resource slack continuing to restrain cost pressures and with longer-term inflation expectations stable, inflation is likely to be subdued for some time.
The Committee will maintain the target range for the federal funds rate at 0 to 1/4 percent and continues to anticipate that economic conditions, including low rates of resource utilization, subdued inflation trends, and stable inflation expectations, are likely to warrant exceptionally low levels of the federal funds rate for an extended period. [...]
Source : Études économique Desjardins
Dans une récente chronique sur le marché obligataire, nous abordions le principe du risque des obligations à long terme. Nous affirmions que dans un contexte où les taux d’intérêt se situent à des bas historiques, il était préférable de favoriser les échéances à court et moyen terme.
Tout d’abord, il faut comprendre qu’il existe deux grandes stratégies pour le marché obligataire : passives et actives. Les stratégies passives consistent à acheter et conserver jusqu’à l’échéance. Dans cette approche, les stratégies d’échelonnement sont souvent utilisées chez les investisseurs. Par exemple, un investissement de 100 000 dollars est réparti également entre cinq obligations dont l’échéance va de un à cinq ans. Une telle stratégie a pour avantage de rendre disponible à l’investisseur un cinquième de l’investissement initial chaque année.
Par ailleurs, les stratégies actives consistent à tirer avantage des opportunités potentielles de marché qui pourraient se présenter. Le choix des échéances et des émetteurs dépend non seulement des besoins et des contraintes de l’investisseur, mais aussi des perspectives économiques.
Vu le lien étroit qui existe entre la toile de fond économique et les taux d’intérêt, il devient stratégique de gérer la durée des obligations en portefeuille pour en optimiser son rendement. La durée globale du portefeuille est étroitement liée aux attentes envers l’économie, l’inflation, la politique monétaire, la politique budgétaire et le compte courant.
Rappelons que plus la durée d’une obligation ou d’un portefeuille est longue, plus la sensibilité au mouvement de taux d’intérêt est importante. Concrètement, une hausse générale de un pourcent des taux d’intérêt aura une plus grande incidence monétaire sur une obligation dont la durée est longue que sur une obligation dont la durée est courte.
Par exemple, l’incidence d’une hausse généralisée des taux d’intérêt de 1%, sur un portefeuille dont la durée est de dix ans, est de -10% versus -2% pour celui dont la durée est de deux ans. Si l’on anticipe une montée des taux d’intérêt, il est opportun de privilégier une durée relativement plus courte
Impact des fluctuations des taux d’intérêt sur différents portefeuilles :
| Durée du portefeuille obligataire | Hausse de 1% des taux d’intérêt |
Baisse de 1% des taux d’intérêt |
| 10 an | Perte de 10% | Gain de 10% |
| 1 an | Perte de 1% | Gain de 1% |
Il est certain qu’un investisseur qui possède une obligation gouvernementale de longue échéance pourrait garder cette obligation jusqu’à maturité et recevoir son capital et ses intérêts sans problème. On dira ainsi qu’il n’y a pas vraiment de risque. Le risque de perte se situe davantage sur le plan de la fluctuation à la baisse potentielle et la nécessité de se départir de cette obligation avant sa maturité.
La Réserve Fédérale américaine se prononcera mercredi après-midi sur les taux d’intérêt et sur la santé générale de l’économie. Il serait très surprenant que la Fed augmente les taux avant plusieurs mois même si les signes d’une reprise se font sentir actuellement.
En poussant les recherches, on constate qu’au cours de la période suivant les quatre dernières récessions, la Fed n’a jamais augmenté les taux d’intérêt alors que le taux de chômage était en hausse. La banque centrale a attendu un minimum de 12 mois et une moyenne de 19 mois après le sommet du taux de chômage avant de resserrer le marché du crédit.
Les derniers chiffres sur l’emplois aux États-unis démontrent une décélération au niveau des pertes d’emplois pour le mois de juillet, mais la masse salariale continue de se contracter à un rythme de 4.2% sur une base annuelle.
Pour ce qui est de l’inflation, la Fed utilise également plusieurs indicateurs avancés pour détecter les variations et l’évolution des prix. Avant d’augmenter les taux, celle-ci regarde aussi les signes d’une reprise au niveau des prêts bancaires. Pour le moment, rien ne semble se matérialiser à ce niveau.
Lorsqu’on analyse le comportement antérieur de la Fed et l’état actuel de l’économie, il est difficile d’imaginer des hausses de taux avant la mi-2010. Les taux étant presque à 0%, le point de départ pour une remonté est à un niveau historique extrême, mais la taille du dernier choc financier est également extraordinaire.
Bref, une remonté trop rapide des taux pourrait étouffer l’économie et une remonté trop lente pourrait entraîner la création d’une nouvelle bulle spéculative. Bernanke et sa troupe doivent donc s’assurer de bien gérer la situation et permettre une reprise durable et soutenue.